L'approche écologique en intervention psychosociale: essai théâtral moreTravail présenté dans le contexte du cours «Communication et Intervention I» en avril 2010. Département de communication sociale et publique de l'UQAM. |
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Au Carrefour du changement
L¶approche écologique en intervention psychosociale
Essai théâtral par Martine Emond
présenté à Consuelo Vasquez
COM 1627-30 : Communication et Intervention I Département de communication sociale et publique, UQAM 21 avril 2010
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Les personnages: - Simone, 55 ans, Directrice générale du carrefour depuis 15 ans. C¶est une féministe convaincue et on la surnomme «La lionne» par son caractère fier, imposant et rugissant. Elle se donne corps et âme pour le carrefour et rien ne la met aussi en colère que le reproche qu¶on lui fait parfois de gérer son organisme «comme un homme». - Arielle, 40 ans, consultante en communication écologique. Après plusieurs années de pratique en différents milieux dans le domaine de l¶intervention psychosociale, elle décide de se spécialiser en ce qu¶elle nomme «l¶approche écologique de l¶intervention». D¶un optimisme débordant (et parfois excessif), elle incarne à la fois la sagesse d¶une grand-mère, la compassion d¶une mère et la naïveté d¶une enfant qui s¶émerveille devant la vie. - Justin, 35 ans, chef de l¶équipe d¶éducation populaire. Malgré qu¶il soit plus jeune que la plupart, il a été engagé grâce à un curriculum vitae fort impressionnant démontrant son dynamisme et ses nombreuses implications dans le milieu social engagé. Fervent défenseur du changement de conscience, de la cause écologique et de la justice sociale, il est motivé par un idéalisme parfois excessif et tient mordicus au respect des processus démocratiques.
Les membres de l¶équipe d¶éducation populaire: - Robert, 42 ans. Comptable. Un homme à l¶esprit tout à faire rationnel. Il n¶aime pas discuter trop longuement, préfère aller droit au but. Il ne montre jamais ses émotions. - Maria, 37 ans. Coordonnatrice des ateliers pour les femmes (soutient aux mères monoparentales, ateliers d¶artisanat, etc.). D¶origine mexicaine, mère de 3 enfants, elle vit au Québec depuis 10 ans et il n¶est pas dans sa culture familiale de contester le pouvoir, mais les valeurs féminines lui tienne beaucoup à c ur. - Rayan, 56 ans. Responsable des ateliers d¶apprentissage du français pour les nouveaux immigrants. D¶origine marocaine, il n¶a pas eu la vie facile et a connu de nombreuses périodes d¶adaptation. C¶est un homme chaleureux de nature, mais que les blessures de la vie ont rendu quelque peu insécure face au changement. - Claudette, 50 ans. Responsable des relations publiques (avec les différents acteurs du milieu et pour les demandes de subvention entre autres). Engagée par la directrice pour leurs affinités en termes de valeurs féministes, elle a perdu le feu de ses convictions qui se sont transformées en une sorte d¶aigreur généralisée face aux autres. Ses commentaires sarcastiques et son attitude distante envers les autres cachent une tristesse inavouée.
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Au carrefour du changement : mise en contexte
Le Carrefour: L¶histoire se déroule principalement au Carrefour, un organisme communautaire de quartier (fictif) à Montréal. Cet organisme qui existe depuis plus de 30 ans possède une culture et des façons de faire bien ancrés. Dès sa création, il a été grandement influencé par les valeurs sociales promulguées durant la révolution tranquille et en particulier par les valeurs féministes portées fièrement par la fondatrice ainsi que par Simone, la directrice actuelle qui a prit sa succession. Malgré que l¶organisme existe depuis longtemps et qu¶il soit très apprécié des résidents du quartier, sa survie dépend presqu¶entièrement de subventions gouvernementales. Ceci apporte un certain stress, du fait que pour obtenir ces subventions, il faut rendre des comptes régulièrement afin de démontrer de façon concrète et chiffrée que les services offerts ont un impact positif chez ceux qui en bénéficient. Le Carrefour joue un rôle très important dans le quartier grâce à sa multitude de services : halte-garderie, soutien aux mères monoparentales, accueil des nouveaux arrivants et ateliers d¶éducation populaire. Il comporte une trentaine d¶employés répartis en quatre équipes. L¶équipe d¶éducation populaire joue un rôle important, car c¶est ce type d¶activité qui a permit jusqu¶à maintenant d¶obtenir le plus de «résultats concrets démontrables» et ainsi, d¶obtenir le plus de subventions. En plus de deux coordonnateurs qui s¶occupent des ateliers, un comptable et une spécialiste en relations publiques font aussi partie de cette équipe. Tous les membres de cette équipe travaillent au Carrefour depuis plusieurs années, sauf Justin le nouveau chef d¶équipe, qui n¶est là que depuis 6 mois. Lorsque la chef d¶équipe qui était là avant lui a dû démissionner suite à un burnout, il fût engagé pour redonner un nouveau souffle à cette équipe dont dépend la survie de l¶organisme en entier. Suite à certaines critiques face à ses manières arriérées de gérer l¶organisme, Simone consenti à l¶embaucher, mais elle garde certaines résistances à son égard du fait qu¶il soit un homme, jeune et porteur de valeurs nouvelles qui la confronte. De façon officielle, le rôle de Justin consiste à raviver la motivation au sein de l¶équipe. À un niveau plus subtil, à travers le non-dit, il perçoit d¶autres attentes envers lui : on lui demande ni plus ni moins de sauver le Carrefour. 3
Acte 1 : Le point de vue écologiste en intervention psychosociale
Les rideaux s¶ouvrent. Il n¶y a qu¶un micro au centre de la scène et derrière, un immense écran. Une voix annonce : «Mesdames et Messieurs, voici maintenant Mme Arielle Sylvestre ! ». Sous le tonnerre des applaudissements, apparaît une femme, de taille moyenne, aux cheveux très longs, vêtue d¶une robe verte et ornée de nombreux foulards colorés qui lui donnent un air quelque peu excentrique. Elle marche lentement, s¶arrête devant le micro et attend en long moment, fixant le public bien droit dans les yeux, avant de prendre la parole. -Arielle : Mesdames et Messieurs, bonsoir et soyez les bienvenus dans l¶univers d¶Arielle Sylvestre (ce disant, elle fait un salut de manière théâtrale). Je tiens d¶abord à vous dire combien il me fait plaisir d¶être ici aujourd¶hui. Après avoir travaillé de nombreuses années en tant que consultante en communication, tant dans les entreprises que dans le milieu public et communautaire, j¶en suis arrivée à une période de grande remise en question au niveau professionnel. J¶ai toujours adoré mon métier, car je considère la communication comme la clé de tout changement individuel et collectif. Pourtant, j¶avais souvent l¶impression d¶être contrainte par un système qui me confinait à la surface des choses sans me laisser le temps de toucher la racine des problèmes ni l¶essence des êtres. J¶ai donc décidé d¶entreprendre certaines recherches, et c¶est alors que je suis tombée sur un livre qui a complètement changé, non seulement mon travail d¶intervention en psychosociologie, mais toute ma façon de vivre. Il s¶agit du livre «Ecofeminism»1 de Maria Mies et Vandana Shiva. Né de la rencontre entre l¶écologie et le féminisme, le mouvement écoféminisme intègre et dépasse largement ces deux concepts, proposant un véritable changement de la conscience. Il m¶a inspiré une nouvelle approche de l¶intervention psycho-sociale qui se définit au fur et à mesure de mes expériences. L¶intervention féministe était déjà pour moi une source d¶inspiration, mais afin d¶insister sur toute la spécificité de ma nouvelle approche par rapport à l¶approche féministe traditionnelle, j¶ai choisi de la nommer simplement «Le point de vue écologique» de l¶intervention psychosociale. Cette appellation a été proposée par Marquita Riel dans un
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Mies, Maria. Shiva, Vandana. 1993. Ecofeminism. Halifax: Fernwood publications, 328p.
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article où elle décrit l¶influence du mouvement écologique en psychosociologie2. Mais, j¶aimerais tout d¶abord vous en dire un peu plus sur l¶écoféminisme. Le terme «écoféminisme» est apparu pour la première fois en 1974 dans un ouvrage de Françoise D¶Eaubonne : «Le féminisme ou la mort». Peu après, dans les années 1980, commencent à se créer des liens entre les militantes des mouvements féministes et écologistes qui découvrent des points communs entre leurs luttes comme, par exemple, une curieuse ressemblance entre le phénomène d¶oppression des femmes et la destruction des écosystèmes. Il suffit d¶observer l¶évolution des idéologies qui ont influencé le développement moderne à l¶occidentale pour découvrir l¶existence d¶une dichotomie entre dominants et dominés : «Le but des hommes est de se libérer des basses et contraignantes nécessités associées à la nature à l¶aide de la raison, de la science et de la technologie, pour accéder à ce qui est supposément supérieur. Ces nécessités inférieures ont un sexe : le sexe féminin. La catégorie « nature » comprend les femmes, l¶irrationalité, l¶émotivité, le corps, l¶alimentation, la reproduction, ainsi que les « sauvages» (i.e. les peuples colonisés), la terre, les plantes et les animaux. Autrement dit, une catégorie sous-humaine (rappelons-nous qu¶au Canada les femmes n¶ont accédé au statut de personne qu¶en 1929 !). La glorieuse catégorie culture, quant à elle, désigne les productions et occupations préférées des hommes blancs européens : exploits militaires, domination politique, sciences, technologies, commerce, art, industrie, poursuite du profit, bref, ce qui produit de la croissance et du progrès.»3 Comme le font remarquer Maria Mies et Vandana Shiva, nous pouvons constater aujourd¶hui que, contrairement à ce que laissent croire leurs principaux représentants, la science et la technologie ne sont pas à l¶abri de cette dichotomie des genres. On y voit apparaître à tous les niveaux cette tendance à la domination de la nature, la colonisation des peuples moins «civilisés», etc. Cet envahissement des pays du tiers-monde par les colonisateurs et la destruction de la nature qu¶ils produisent a tout de même eut un effet rassembleur pour les femmes du monde entier. Partout sur la planète, les femmes tendent à se sentir davantage concernées par la préservation de la nature, de la terre et des ressources naturelles. Ceci pourrait s¶expliquer par le fait que c¶est elles qui portent (ou qui ont le potentiel de porter) les enfants, qui sont souvent responsables de nourrir et de procurer des soins à tous les membres de la famille. Si ce phénomène semble plus évident dans les sociétés traditionnelles, nous pouvons observer que, même dans nos sociétés occidentales, ce sont encore les femmes qui se
Riel, Marquita «Un point de vue écologique» dans : Tessier, Roger, Tellier, Yvan. Changement planifié et développement des organisations, Tome 8 : Méthodes d¶intervention développement organisationnel.1992. Québec : Presses de l¶Université du Québec. p.529-547. 3 Caron, Nicole. 2008. «L¶écoféminisme, c¶est quoi ?» La course à relais-femmes. En ligne. nos 36-37, mai 2008. En ligne. http://www.relais-femmes.qc.ca/files/Course_Relais_36-37.pdf. Consulté le 18 avril 2010.
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préoccupent davantage de l¶alimentation en général et des soins à autrui (il y a au Québec beaucoup plus de femmes que d¶hommes qui travaillent dans les services sociaux). L¶omniprésence dans le système économique des valeurs patriarcales, telles que la rentabilité, la rationalité, la performance et tout ce qui constitue le monde «civilisé», crée chez ceux qui tiennent les rennes du pouvoir une peur de tout ce qui constituerait son opposé. Ainsi, toutes les qualités associées à la féminité, à la nature et aux cultures traditionnelles telles que l¶émotivité, l¶imagination et l¶intuition sont dérangeantes parce qu¶incalculables, insaisissables et donc, impossibles à contrôler et à intégrer au système de productivité. Si ces forces et tout ce qui y est associé ne peuvent être utiles, il ne reste qu¶à les assimiler ou à les détruire. Ce point de vue ne contient la possibilité d¶aucun dialogue, d¶aucune ouverture au point de vue de l¶autre. Certaines recherches ont même démontré qu¶il existe chez certains hommes une véritable peur que les changements amenés par les mouvements féministes leur fassent perdre leur identité : «The key anxiety underpinning all these arguments is a fear of the emasculation of the traditional white middle-class masculine self.»4 La nature elle-même nous fournit une panoplie d¶exemples montrant que, dans un cas de déséquilibre, un système s¶effondre. Une sécheresse prolongée dans un écosystème amènerait toute vie à disparaître. La surexploitation d¶une forêt permet la prolifération des maladies ce qui mène, encore une fois, à la mort des organismes. Si les sociétés occidentales n¶ont aucun problème de subsistance du point de vue matériel, c¶est plutôt au niveau de la «vie intérieure» qu¶elles se meurent. La mentalité de performance à tout prix crée la perte des valeurs, de l¶esprit de communauté et différents troubles psychologiques tels que dépression et burnout. En réponse à ce déséquilibre planétaire, l¶écoféminisme propose un changement de conscience. Sa vision est celle d¶une société qui ne serait plus basée sur la croissance, mais sur une perspective orientée vers la subsistance : «An ecofeminist perspective propounds the need for a new cosmology and a new anthropology which recognizes that life in nature (which includes human being) is maintained by means of co-operation, and mutual care and love. Only in this way can we be enabled to respect and preserve the diversity of all life forms, including their cultural expressions, as true sources of our well-being and happiness.»5
Swan, Elaine. 2008. «You Make Me Feel like a Woman¶: Therapeutic Cultures and the Contagion of Femininity». Gender, Work and Organization. En ligne. Vol. 15 No. 1 Janvier. Consulté le 18 avril 2010. p.93. 5 Mies, Maria. Shiva, Vandana. 1993. Ecofeminism. Halifax: Fernwood publications, p.6.
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Au Québec, on constate que la gestion des ressources naturelles est faite majoritairement par des hommes, dans le secteur industriel. Selon Elsa Beaulieue, une des fondatrices du mouvement éco-féministe québécois, une des principales stratégies qui contribue à maintenir en place le système actuel est celle de la logique «sectorielle» qui consiste à diviser la société en domaines administratifs séparés, ce qui empêche l¶interrelation d¶où pourrait émerger des solutions pour le mieux-être de tous. Selon Jacinthe Leblanc, une autre pionnière de l¶écoféminisme au Québec, la solution consiste à tendre vers une vision plus systémique :
«Chaque système a un impact sur les autres et ils sont en constante relation. L¶approche systémique voit tous les éléments d¶un problème ou d¶une situation comme un ensemble et tous les aspects sont abordés de façon globale et locale. L¶écoféminisme privilégie cette approche qui dépasse la logique sectorielle et qui considère tous les enjeux comme faisant partie de systèmes économiques et sociaux. On ne peut pas aborder qu¶un aspect du problème pour tenter de le régler. On doit sortir de ses zones de confort et remettre en question les systèmes qui sous-tendent nos sociétés.»6
Il existe un certain débat au sein même du mouvement. D¶un côté, les écoféministes «politiques», dont les idées sont plus proches du mouvement féministe traditionnel, prétendent que les femmes doivent revendiquer leurs droits dans le système. De l¶autre côté, les écoféministes «spirituelles» pensent que se contenter de réclamer sa part des privilèges des hommes reviendrait à remettre son pouvoir entre les mains du système patriarcal. «L¶élément radical du mouvement est nécessairement yang et apprend aux femmes, avec beaucoup de succès d¶ailleurs, à cultiver cet aspect de leur personnalité trop souvent mis en friche. C¶est un apprentissage nécessaire car la complémentarité, pôle traditionnel des rôles psychosociaux des femmes, qui ne fut longtemps soumise qu¶à de la rétroaction positive, mène elle aussi à l¶escalade, c¶est-à-dire à la rupture du système, non pas par l¶annihilation, fait de la guerre symétrique, mais par la fusion, la perte d¶identité.»7 Même si j¶appuie le fait que les femmes doivent maintenir leur statut égalitaire, je pense qu¶il faut dépasser le niveau du combat social pour aller plutôt vers un changement plus profond des consciences et du mode de vie. L¶aspect «spirituel» du changement proposé consiste entre autres à retrouver le sentiment d¶interconnexion à tous les niveaux : entre les hommes et les femmes, entre les différents peuples, entre les humains et toutes les autres formes de vie. Cette interconnexion nous amène à percevoir l¶interrelation de toutes choses et c¶est là
Leblanc, Jacinthe. 2010. «La nécessité d¶une perspective écoféministe politique». Le Mouton Noir. mars/avril. En ligne. http://www.rqge.qc.ca/files/mouton_noir_article_%C3%A9cof%C3%A9minisme _f%C3%A9v2010.pdf. Consulté le 18 avril 2010. 7 Riel, Marquita «Un point de vue écologique» dans : Tessier, Roger, Tellier, Yvan. Changement planifié et développement des organisations, Tome 8 : Méthodes d¶intervention développement organisationnel.1992. Québec : Presses de l¶Université du Québec. p. 536.
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justement un principe sur lequel repose la vie elle-même, au sens biologique et organique, tel que l¶a observé Gregory Bateson : «L¶interdépendance signifie qu¶aucune partie d¶un tout ne peut agir sans provoquer des réactions dans l¶ensemble, parce que toute les parties sont reliées.»8 Les recherches de Bateson permettent de voir que les interactions qui existent dans la nature suivent les mêmes principes que celles qui se créent entre les humains dans la communication. On peut donc s¶en inspirer afin de comprendre les dynamiques à l¶ uvre, par exemple, en milieu organisationnel, et pour créer des outils d¶intervention dans ce domaine. Un autre exemple vient de la notion d¶ouverture des systèmes qui, appliqué dans le domaine de l¶intervention permet de créer un climat de confiance dans un groupe ou une organisation : « l¶ouverture, plutôt qu¶une caractéristique, serait le processus par lequel un système évite le déséquilibre de l¶escalade. (« ) L¶ouverture est intimement reliée à la confiance. En tant qu¶animatrice de groupe restreint, j¶ai constamment observé que les processus d¶influence ne peuvent avoir lieu que quand un climat de confiance a été préalablement établi, ce qui veut dire que chaque membre a le sentiment d¶avoir une place et un minimum d¶influence.»9 Plusieurs des différentes techniques utilisées dans l¶intervention en psychosociologie, que ce soient celles qui font appel à la circulation de l¶information (animation, médiation, etc.), à l¶imaginaire (jeux de rôles, remue-méninges, fantaisies, etc.) ou à la rationalité (processus de solution de problèmes), ont toutes en commun d¶appliquer des valeurs associées à l¶aspect «féminin» (ouverture, interdépendance, etc.). Il existe donc déjà dans notre domaine des outils pour nous permettre d¶amener ce changement. Le point de vue écologique n¶est pas quelque chose de nouveau, mais quelque chose que nous avons perdu, en tant qu¶occidentaux modernes, qu¶il nous faut reconquérir et redéfinir. La notion de changement est primordiale en psychosociologie et c¶est pourquoi il s¶agit d¶un terrain privilégié pour l¶épanouissement de cette nouvelle conscience. Je conclurai avec ces paroles pleines d¶espoir de Marquita Riel : «La pertinence du point de vue écologique en psychosociologie, une des nombreuses traditions qui se préoccupent des organisations, ne fait pour moi aucun doute. Au contraire, il apporte à ce domaine de la connaissance, de la recherche et de l¶action une perspective nouvelle. Par ailleurs, l¶essentiel de la psychosociologie s¶y retrouve, mais magnifié et porté à une échelle beaucoup plus vaste, ce qui oblige à une synthèse lui redonnant un souffle, une inspiration, que d¶aucuns croyaient perdus.»10
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Riel, Marquita «Un point de vue écologique» dans : Tessier, Roger, Tellier, Yvan. Changement planifié et développement des organisations, Tome 8 : Méthodes d¶intervention développement organisationnel.1992. Québec : Presses de l¶Université du Québec. p. 531. 9 Ibid, p. 534. 10 Ibid, p.545.
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Répondant par un sourire radieux aux acclamations de la salle, Arielle Sylvestre se prosterne à nouveau. Lorsque les applaudissements cessent, un jeune homme un peu ébouriffé monte sur la scène presqu¶en courant, l¶air très enthousiaste. - Justin : Mme Sylvestre, il faut que je vous parle. J¶ai adoré votre présentation et vraiment besoin de votre aide j¶aurais
Acte 2 : De l¶hiver au printemps
Scène 1 : L¶inquiétude de Simone Le bureau de Simone est sombre, peu décoré et empli de piles de papiers épars. Elle est assise à son bureau, dans sa chaise royale, et joue nerveusement avec un stylo tandis que Justin est face à elle se tient bien droit, mais très raide. Elle se penche vers lui, comme pour faire une confidence et parle d¶un ton grave. - Simone : Ca va de plus en plus mal. J¶ai envoyé un nouveau rapport de nos activités aux gens du gouvernement et ils ne sont toujours pas convaincus. Ils veulent plus de détails, ils veulent savoir exactement combien de monde on a pas jour à chaque atelier. Ils veulent des comptes-rendus du suivi. Comment est-ce que je pourrais leur donner ça ? On sait même pas qui s¶occupe de quel dossier, chacun fait sa petite affaire. On est trop désorganisés, Justin, ça peut pu durer de même ! Il va falloir que tu leur parle, que tu les convainques de se botter le derrière un peu, pour une fois ! - Justin : (essayant de ne pas laisser paraître qu¶il est choqué des paroles de Simone). En bien justement, j¶avais quelque chose à vous proposer. J¶ai assisté hier à une conférence donnée par une consultante en communication et je lui ai demandé si elle pourrait nous aider. - Simone : Tu veux quand même pas me demander de faire des nouvelles dépenses en plus ? Il me semble qu¶on déjà assez dans le trouble comme ça ! - Justin : Si je vous en parle, c¶est parce que je suis convaincu que ça peut vraiment faire une différence. Je pense qu¶on a trop le nez dans le problème. Même moi, je suis pris dans les paperasses administratives et j¶ai pas assez de temps avec l¶équipe pour vraiment voir ce qui marche pas. Je pense que ça prend quelqu¶un de l¶extérieur qui arriverait avec un regard neuf. C¶est une femme qui a pas mal d¶expérience dans la milieu communautaire. Elle a travaillé
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pour le «Bateau des jeunes», puis c¶est elle qui a aidé le Centre communautaire Rosette quand ils étaient dans le trouble l¶année dernière. En plus, vous allez l¶aimer, c¶est une féministe ! - Simone : Je veux ben essayer. Mais ça a intérêt à donner des résultats, pi vite ! Scène 2 : Arrivée d¶Arielle Toute l¶équipe est rassemblée dans la salle de réunion, chacun assis autour de la grande table rectangulaire sauf Simone et Justin qui sont debout. Simone a mis son plus beau tailleur pour l¶occasion et elle semble plutôt de bonne humeur. Justin, lui, a l¶air enthousiaste d¶un enfant qui attend pour aller jouer au parc. - Simone : Vous savez que ça ne va pas très bien ces temps-ci côté finance. On attend encore une subvention du gouvernement provincial pi on est pas sûrs de l¶avoir. Il va falloir que les choses changent si on veux survivre. Ca fait qu¶on a décidé d¶engager une consultante en communication. - Claudette : Bon, pas une autre intello qui va venir nous dire quoi faire avec ses grandes idées, on a déjà assez de Justin ! - Simone (faisant comme si elle ne l¶avait pas entendue) : Je vous demanderai de lui donner une chance pi que chacun fasse un effort pour qu¶on avance à quelque chose, s¶il vous plaît ! L¶air exaspéré, elle sort promptement.
Arielle entre, vêtue d¶une robe jaune à fleurs orange avec un foulard rose dans les cheveux. Justin lui tend la main chaleureusement et s¶empresse de la présenter : - Justin : Je vous présente Arielle Sylvestre. Elle va être avec nous pour quelques temps, pour nous aider à trouver des moyens de mieux communiquer entre nous. - Robert : Je vois pas vraiment l¶utilité de communiquer plus que ça, il me semble que chacun sait ce qu¶il a à faire ? - Arielle : C¶est une bonne chose de savoir ce qu¶on a à faire, mais quand on est capable de travailler en équipe et de s¶entraider, ça peut aller encore mieux ! C¶est pour ça que je suis là. Je suis pas là pour vous dire ce que vous avez à faire, mais pour vous aider à comprendre
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comment le faire mieux et en vous sentant mieux. Je suis là pour qu¶on retrouve au Carrefour une belle atmosphère et qu¶on découvre les forces cachées de chacun de vous. - Justin : Qu¶est-ce que tu nous propose de faire ? - Arielle : On pourrait commencer par voir comment est-ce qu¶on se sent dans l¶instant présent. Je vous propose qu¶on enlève la table et qu¶on mette les chaises en cercle. Rayan se lève aussitôt et commence à enlever la table. Maria se lève ensuite pour l¶aider. Robert se lève et reste debout près du mur, tandis que Claudette reste assise les bras croisés. - Claudette : Bon, dis-moi pas qu¶elle est maître Feng-Shui en plus ! - Arielle : C¶est juste pour changer la dynamique de groupe. Quand on change l¶environnement extérieur, ça change aussi quelque chose à l¶intérieur. Vous allez voir. Rayan et Maria finissent de placer les chaises et tous viennent s¶asseoir dans le cercle. Robert regarde sa montre. Claudette a toujours les bras croisés. - Arielle : Maintenant, vous allez nous dire chacun votre tour comment vous vous sentez en ce moment. (Puis, elle se tourne vers Robert qui est juste à sa gauche) - Robert (l¶air gêné, embêté) : euh Eh bien, d¶après ce que Simone nous dit ces derniers-
jours, je pense que ça va plutôt mal et qu¶il faudrait trouver une solution. Je pense que c¶est pour ça qu¶on est là et qu¶il faut qu¶on discute. Je suppose qu¶il faudrait faire le tour des dossiers de chacun. - Arielle : Vous êtes en train d¶analyser la situation et même de me donner des solutions. Mais, si vous commenciez juste par me dire comment vous vous sentez en ce moment ? - Robert : Comment je me sens ? Eh bien, je trouve qu¶il fait un peu chaud. L¶air est sec.
Quelqu¶un a dû oublier de fermer encore les calorifères.
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- Rayan : Je me sens inquiet de ce que Simone nous a dit. S¶il fallait que je perde ma job, ce serait vraiment pas drôle. À mon âge, j¶ai plus l¶énergie de changer de travail, je sais pas ce que je ferais. - Claudette : Je comprend pas pourquoi on perd notre temps à faire des jeux d¶enfants de maternelle. Je me sens frustrée pi j¶aimerais mieux être en train d¶avancer mes choses. C¶est bien juste parce qu¶on n¶a pas le choix. Si c¶était juste de moi des fois, je sacrerais tout ça là ! - Maria : Moi aussi je suis inquiète de ce que Simone nous a dit. Mais aussi, je suis triste. J¶ai l¶impression que personne s¶écoute ici. Souvent je trouve que j¶aurais besoin d¶aide, de conseil pour mes ateliers, mais tout le monde est trop occupé. Je sens qu¶on nous mets trop de pression, c¶est pas normal. Puis, je sens qu¶il y a des choses qu¶on pense, mais qu¶on se dit pas. On a jamais le temps de se parler, de rire ensembles comme avant. Suite aux paroles de Maria, il y a un long silence qui révèle un pesant malaise. Tous regardent par terre ou ailleurs, mais personne ne regarde les autres. - Justin : Je sais plus ce que je ressens. Je pensais être à la hauteur, mais là je le sais pu. Comme ça fait juste 6 mois que je suis ici, j¶ai l¶impression que je fais pas partie de la gang. En même temps, je trouve ça lourd d¶être chef d¶équipe quand j¶ai l¶impression que vous me prenez pas au sérieux. Je trouve qu¶on a pas tellement confiance en les uns les autres pi que ça nous aide pas à avancer. - Arielle : C¶est très bien, merci tout le monde. Je sais que vous êtes pas habitué à ce genre de rencontre, mais je pense qu¶on a déjà commencé à ouvrir des portes. C¶est assez pour aujourd¶hui, on continuera demain. - Justin (perplexe): Mais, est-ce que je peux vraiment écrire ça dans mon compte-rendu pour Simone ? - Arielle : Bien oui, pourquoi pas ? Dis-lui ce que t¶a perçu du ressenti de l¶équipe. Ca serait peut-être bon qu¶elle le sache elle aussi.
Scène 3 : La pression monte
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Toute l¶équipe est assise dans la salle de réunion autour de la table. Simone entre, l¶air en colère, un dossier à la main. En la voyant, Justin se lève et se place face à elle dans une position de défensive.
- Simone (en regardant Justin): Mais qu¶est-ce que c¶est que ce rapport farfelu ? Je savais bien que j¶aurais jamais dû engager un homme comme chef d¶équipe. Je sais pas ce qui m¶a prit, c¶est pourtant à l¶encontre de mes principes ! On me l¶avait pourtant recommandé en me disant qu¶il serait utile à l¶entreprise, qu¶il nous amènerait des méthodes plus moderne - Justin : C¶est justement ce que j¶essaie de faire ! Vous n¶arrêtez pas de nous dire qu¶il faut se rattraper, s¶adapter, suivre les nouvelles tendances. Vous savez très bien au fond que si on continue comme ça, le Carrefour va devoir fermer ses portes. Vous êtes capable de le voir et de le dire avec des mots, mais voulez-vous vraiment passer à l¶action ? Êtes-vous vraiment prête à assumer tout ce que le changement implique et à aller jusqu¶au bout ? - Simone : Mon cher Justin, je ne suis pas sûre qu¶on se comprenne bien. Quand je vous parle de suivre la tendance, je vous parle de rester dans la course, de trouver une façon d¶obtenir plus de résultats avec les utilisateurs des services. Que ça vous plaise ou non, si nous ne trouvons pas une manière d¶avoir nos subventions, alors là c¶est certain qu¶on s¶en va vers la faillite ! Le temps presse et on n¶a pas de temps à perdre à régler vos petites histoires de conflits d¶équipe. - Justin : Mais comment voudriez-vous qu¶on vous trouve des solutions si on n¶est même pas capables de se parler et encore moins de se comprendre ? - Simone : Ca c¶est votre problème ! Je ne suis pas votre mère quand même et je vous ai engagé justement pour que vous vous occupiez de faire bouger l¶équipe, pas pour nous faire une thérapie de groupe. - Justin : Écoutez Simone, je sais très bien pourquoi je suis là. Vous ne voyez peut-être pas encore toute l¶importance de cette démarche, mais je m¶engage à vous prouver que ce que nous faisons là est le meilleur moyen, non seulement de sauver l¶entreprise, mais de lui permettre d¶évoluer à long terme.
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- Simone : Eh bien vous avez intérêt à me le prouver vite parce que si je ne vois aucune amélioration d¶ici deux semaines, j¶ai dans mon bureau une pile de CV où je trouverai certainement une candidate parfaite pour vous remplacer. Elle sort en claquant la porte. - Rayan : Laisse tomber, tu ne va quand même pas perdre ton poste juste parce que tu veux avoir raison ! - Robert (sur un ton sarcastique) : Il faut bien avoir fait autant d¶études pour ensuite se comporter de manière aussi irrationnelle Je ne sais pas ce qu¶ils vous apprennent à l¶école, mais ça m¶a tout l¶air d¶être pas mal loin de la réalité. - Claudette : Laissez-le donc tranquille, s¶il en a rien à faire lui de perdre sa job, c¶est son problème ! - Maria : En tout cas moi je trouve que vous avez été très courageux. Depuis des années que je suis ici, j¶ai jamais entendu personne dire à cette femme qu¶elle avait peut-être pas la vérité toute-puissante. - Justin : Il est pas question que j¶abandonne. Je n¶y ai même pas pensé une seconde. Qu¶estce que je pourrais semer dans une terre où il pleut à longueur de journée ? Si je réussis pas à trouver un moyen pour qu¶on s¶entende, j¶ai pu rien à faire ici de toute façon. - Maria : Mais si le vent de sa colère est contre vous, vous pourrez pas avancer bien loin. - Justin : Elle restera pas en colère bien longtemps. On va lui montrer de quoi on est capable. On va organiser une journée complète avec Arielle. On va se parler et on va essayer de s¶entendre pour une fois. On va lui faire son plan détaillé avec des chiffres et des solutions concrètes», même s¶il faut y passer la fin de semaine ! - Claudette : Hey, là ! Monsieur le noble représentant de la démocratie ! C¶est pas ton genre de nous obliger à faire de l¶over-time !
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- Maria : Il faut que je m¶occupe de mes enfants ! - Rayan : Je peux pas laisser ma femme toute seule à la maison Justin prend un air grave et les regarde attentivement. - Justin : Écoutez, je suis pas supposé vous en parler pour le moment, mais je pense que vous avez le droit de savoir. Ca va mal, bien plus que ce que Simone vous dit. Pourquoi pensezvous qu¶elle est stressée à ce point là. - Claudette : Elle a toujours été de même ! - Justin : Mettons que j¶ai pas de misère à vous croire là-dessus. Sauf que là, elle a vraiment raison d¶être stressée. On a eu une rencontre hier et elle nous a avoué que si on réussit pas à avoir la subvention d¶ici deux semaines, on est foutu. Ca veut dire que si on trouve pas une idée géniale très bientôt, non seulement on fera plus d¶over-time, mais on va tous perdre nos jobs. Tous le regardent sans rien dire, l¶air ébahi. Robert ne dit rien. Claudette reste figée, la bouche ouverte. Rayan lance un juron et laisse paraître une vive inquiétude. Maria se met à pleurer. - Justin : Hey, il faut pas baisser les bras, c¶est pas fini encore ! On va prendre le temps de s¶occuper de nos blessures. Si vous me faites confiance et que vous vous faite confiance à vous-même, en va en trouver une solution.
Le téléphone sonne, Justin répond. - Justin : Arielle ? Justement, on était en réunion. Non, ca va pas du tout C¶est vrai, t¶aurais une place où on pourrait aller ? Excellent, je leur en parle tout de suite ! (Il raccroche et s¶adresse à l¶équipe) Hey gang, qu¶est-ce que vous diriez qu¶on s¶en aille passer la fin de semaine tous ensembles à un chalet dans le bois ?
Scène 4 : réconciliation avec la nature Toute l¶équipe et Arielle se trouvent assis en cercle sur des bûches en pleine forêt. - Arielle (sur un ton de blague): Ca change un peu d¶être autour d¶une table rectangulaire, non ? (voyant que personne n¶a le c ur à rire, elle poursuit) Alors ce que je vous 15
propose aujourd¶hui, c¶est de parler de vous et de comment vous vous sentez par rapport à l¶équipe et au Carrefour, mais en utilisant une métaphore, une image inspirée de la nature. Je vais commencer pour vous donner un exemple. Je suis Arielle. Je suis comme un ruisseau qui coule et qui se déverse en plein de petits ruisseaux et je ressens un grand besoin d¶aller abreuver les plantes solitaires partout dans la forêt. (Elle s¶arrête, se rendant compte que tous la regardent comme si elle venait d¶atterrir tout droit d¶une autre planète.) - Rayan : Ok, je vais essayer. (Il ferme les yeux pendant un instant, puis commence à parler lentement). Je suis une plume d¶oiseau qui est tombée sur la mer. La mer est immense et il y a beaucoup de vagues. J¶ai peur, je ne sais pas ce qui va arriver avec moi. Je me sens fragile et je sens que je n¶ai pas le contrôle de la situation. - Maria : Je suis arbre, un arbre encore jeune, mais qui voudrait grandir. Je voudrais étendre mes branches pour aller toucher les autres arbres autours. Je voudrais qu¶il y ait des feuilles sur mes branches pour capter le soleil. Mais, il y a toujours des nuages dans le ciel. La terre est sablonneuse et mes racines sont trop fragiles et les autres arbres sont trop loin. Je sens que si j¶étire trop mes branches, je risque de tomber, alors je reste là et je me sens seule. À ces mots, des larmes commencent à couler de ses yeux. Les yeux de Claudette deviennent aussi humides et elle essaie de regarder ailleurs pour ne pas le laisser paraître. Le visage de Robert, habituellement impassible, affiche maintenant une expression tourmentée. - Robert : Je suis une souris cachée dans un tronc d¶arbre. Dehors, le soleil est trop fort alors je reste caché bien à l¶abri. Le tronc d¶arbre est petit, alors toute la journée je fais des allées et venues. Je vais chercher des graines et je les amasse soigneusement en un petit tas bien ordonné. (Au fur et à mesure qu¶il parle, il devient de plus en plus anxieux) Quand j¶ai fini, je fais le tour de mon tronc pour être sûr que je n¶en ai pas oublié une. Je suis toujours sur mes gardes parce que je ne voudrais pas que personne entre pour voler mes graines. Quand je n¶ai plus rien à faire, je panique, je me sens très angoissé. Alors je défais le tas et je recommence. (Il commence alors à se ronger les ongles compulsivement, chose qu¶on ne l¶avait jamais vue faire avant et qui contraste étrangement avec son maintient habituel)
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- Claudette (L¶air très gênée) : Bon ben on dirait qu¶il reste plus que moi. (Moment de silence. Elle fait de grands efforts pour se retenir de pleurer). Je suis un porc-épic qui se promène tout seul dans le bois. Des fois, il y a d¶autres animaux qui essaient de s¶approcher de moi J¶aimerais ça être capable de les laisser s¶approcher, mais c¶est plus fort que moi, je me hérisse et je sors mes piquants. (Elle s¶arrête un moment tandis que des larmes commencent à couler abondamment sur son visage) On dirait que je sais pas comment faire autrement. En même temps, je suis plus capable de vivre comme ça
C¶est alors que Simone sors de derrière un buisson, l¶air plus furieux que jamais. - Simone : Ca fait une demi-heure que je suis cachée là et que je vous écoute. J¶me suis dit il faudrait quand même bien que je sache où est-ce que va l¶argent du Carrefour. Si j¶avais su que j¶étais en train de payer pour une psychothérapie de groupe pendant qu¶on a des choses tellement plus urgentes à régler, vous pouvez être sûrs que jamais je n¶aurais laissé faire une chose pareille ! . - Arielle (d¶une voix qui se veut douce et pleine de compassion) : Je comprend que vous n¶êtes pas habituée à ce genre de façon de faire. Vous pensez peut-être que ça ne sert à rien, mais - Simone : Ca servira à rien d¶essayer de me convaincre, Mme Sylvestre je brise le contrat et vous ne serez pas payée pour ça ! - Justin : Simone, vous ne pouvez quand même pas faire ça. Je pensais que vous aviez des principes ! - Arielle : Simone, si vous voulez me renvoyer sans me payer, j¶accepte à une seule condition, c¶est que vous veniez vous asseoir et que vous fassiez le jeu avec nous. Juste ça et je ne vous demande plus rien d¶autre. Après tout vous n¶avez rien à perdre ! - Simone (hésitante et méfiante): Bon, pourquoi pas. (Elle s¶asseoir sur une buche à l¶extérieur du cercle et regarde au loin, la tête haute et digne). Il faut que je vous raconte une histoire ? (sa voix s¶adoucit et elle semble se calmer). Je ne suis pas comme vous, je ne sais pas faire des métaphores.
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- Arielle : Allez-y à votre façon dans ce cas là. - Simone : Quand je suis venue au monde, j¶ai tout de suite su qu¶il y avait quelque chose de pas correct. Mes parents voulaient un garçon. Surtout mon père. Comme j¶étais leur seule enfant, ils ont eu toute une déception. Mon père a fait comme si j¶étais un gars et moi j¶ai joué le jeu. Quand je suis arrivée sur le marché du travail, j¶étais la seule femme dans un monde d¶homme : je vous dis qu¶ils m¶ont pas fait la vie facile. Après ça j¶en pouvais pu, ça fait que je suis venue dans un monde de femmes, dans le milieu communautaire. Mais, en dedans de moi je sais toujours pas ce que c¶est que d¶être une femme. J¶ai toujours été forte, j¶ai toujours été à la hauteur. Y a des fois où j¶aurais le goût de le dire que j¶en peux plus, mais je suis juste pas capable. J¶ai appris qu¶il faut être autonome et se débrouiller tout seul dans la vie - Arielle : Ici vous pouvez nous dire tout ce que vous voulez, on est là pour vous écouter. - Simone (elle se met à pleurer) : Ce que j¶ai envie de dire, c¶est que je suis plus capable d¶être forte. C¶est trop je sais plus quoi faire. J¶ai besoin d¶aide Arielle va vers elle et la prend dans ses bras.
Scène 5 : Conciliation des valeurs et critique du point de vue écologique À l¶intérieur du chalet, ils sont tous assis autour du poêle à bois et discutent du plan d¶action, des actions à entreprendre pour le changement dans l¶entreprise. Simone est enroulée dans une couverture et elle écrit sur un grand carton accroché au mur où il y a déjà plusieurs choses d¶écrites, ainsi que des dessins. Elle parle d¶une voix douce qu¶on ne lui connaissait pas. - Simone : Chère Arielle, je dois admettre que vous aviez raison. Votre méthode a été efficace parce qu¶on n¶a jamais eu une rencontre d¶équipe aussi productive. Je pense qu¶on avait chacun des choses sur le c ur qu¶on pouvait pas se dire soit parce qu¶on ne se donnait pas le droit ou qu¶on n¶avait pas le temps. Je reconnais qu¶on aurait avantage à faire ça plus souvent, à se donner du temps pour s¶écouter, pour venir ensembles se ressourcer dans la nature, mais surtout pour trouver la nature qui est en-dedans de nous et entre nous. Il y a quand même une chose que je voudrais vous dire. Prendre le temps de se reconnecter et de s¶écouter, c¶est bien beau, mais c¶est pas suffisant. Et tout ce que j¶ai appris en tant que militante féministe, je veux pas le jeter aux poubelles non plus. 18
- Arielle : Maintenant, c¶est à mon tour de reconnaître que vous avez raison. D¶ailleurs, la nature nous le montre de toutes sortes de façons, tout dans la nature est complémentaire : le jour et la nuit, l¶été et l¶hiver, la solidité immuable de la roche et le mouvement léger, incessant du vent. Je pense que nous avons commencé à donner plus de force aux racines de ce bel arbre qu¶est le Carrefour (l¶allusion à cette image fit sourire Maria). Il va maintenant nous falloir le nourrir pour qu¶il soit solide et durable. Il va nous falloir aussi passer à l¶action. Car c¶est ça la beauté de l¶énergie masculine : l¶énergie dynamique, la direction et la détermination. Les qualités féminines et masculines doivent travailler ensemble et surtout ne pas cesser de se remettre en question pour que la roue tourne et que la vie continue.
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Bibliographie
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